L’étude BEST Cornea
La cornée joue un rôle important dans la netteté de la vision. Lorsque la couche interne, l’endothélium, est endommagée, cela impacte la qualité de la vue. Aujourd’hui, il existe deux interventions de greffe de la cornée, mais quel est le meilleur choix ?
*Article rédigé par l’Hôpital universitaire d’Anvers
C’est pour répondre à cette question qu’a été lancée, en 2022, l’étude à grande échelle BEST Cornea (Belgian Endothelial Surgical Transplant of the Cornea Study). Financée par le Centre fédéral d’expertise des soins de santé (KCE), cette étude a été mise sur pied par le service d’ophtalmologie de l’Hôpital universitaire d’Anvers (UZA), en collaboration avec dix autres hôpitaux belges : le CHU de Liège, l’UZ Brussel, l’UZ Gent, l’UZ Leuven, l’AZ Imelda, l’AZ Maria Middelares, l’AZ Monica, le ZOL, l’Hôpital Erasme, l’AZ Sint-Jan et les banques de cornées de l’UZA et du CHU de Liège. La Ligue Braille est membre du comité de pilotage de l’étude BEST Cornea, dont la chercheuse en chef est la Professeure Sorcha Ní Dhubhghaill (photo). Elle est spécialisée dans les maladies de la cornée, la cataracte et les techniques chirurgicales innovantes.
Qu’est-ce que la cornée ?
La cornée est la partie avant transparente de l’œil. Elle se compose de 5 couches et permet à la rétine d’avoir une image claire. La couche interne de la membrane s’appelle l’endothélium. Elle joue un rôle important dans la netteté de la vision car elle est chargée de pomper le liquide de la cornée et de la maintenir transparente.
Pourquoi les patients ont-ils besoin d’une greffe de cornée ?
Il existe plusieurs maladies affectant l’endothélium, notamment la dystrophie cornéenne de Fuchs. La cornée se trouble lorsque l’endothélium est défaillant. L’endothélium ne pouvant pas se régénérer, cela entraîne une détérioration de la vision. Sans intervention, elle deviendra moins nette.
Cette défaillance peut-elle être traitée ?
Une greffe de cornée apporte un soulagement. Ces dernières décennies, l’ophtalmologie a fait de grands progrès dans l’optimisation du traitement. Auparavant, la transplantation consistait en une greffe de toute l’épaisseur de la cornée. Au fil des ans, on a préféré la microchirurgie : le chirurgien remplace uniquement la partie malade de la cornée par une fine couche de cornée saine provenant d’un donneur.
Actuellement, les chirurgiens disposent de deux techniques différentes de transplantation de la cornée. D’une part, la méthode DSAEK (Descemet Stripping Automated Endothelial Keratoplasty) : la transplantation de trois couches de cornée saine d’un donneur, à savoir l’endothélium, une couche de soutien de la membrane de Descemet et le stroma. D’autre part, la méthode DMEK, ou kératoplastie endothéliale de la membrane de Descemet. Les chirurgiens optent souvent pour cette intervention dans laquelle on transplante une partie de la cornée encore plus fine, à savoir deux couches de cornée, l’endothélium avec une couche de soutien de la membrane de Descemet - mais sans le stroma, ni l’épithélium cornéen.
Le chirurgien choisit la méthode de transplantation (DSAEK ou DMEK). Les deux techniques sont sûres, elles ont fait leur preuve et constituent le traitement standard. Cependant, chacune a des avantages et des inconvénients, mais à ce stade, il existe peu d’indications quant à la meilleure greffe de cornée, du point de vue de la vision, des complications et surtout du confort du patient. Il n’y a pas de réponse scientifique. L’équipe de l’étude BEST Cornea espère y remédier.
Quel est l’objectif de l’étude BEST Cornea ?
« L’objectif est de déterminer, par le biais d’un essai clinique randomisé, quelle opération donne les meilleurs résultats », explique la professeure Sorcha Ní Dhubhghaill. Au total, 11 hôpitaux belges participent à l’étude. Ce large éventail est important car plus il y a de participants, plus le résultat final est fiable.
« C’est la première fois qu’un projet de recherche d’une telle ampleur sur les deux méthodes de transplantation est mené en Belgique. Au total, nous visons 220 participants. Il s’agit principalement de personnes âgées de plus de 60 ans, car le dysfonctionnement de la cornée les touche principalement. Avec l’âge, la fonction de pompage de l’endothélium cornéen diminue, entraînant une vision floue. Sur ces 220 participants, la moitié recevra le traitement DSAEK, l’autre moitié le traitement DMEK ». « Les premiers résultats sont attendus fin 2026 », annonce Veerle Van Gerwen du département d’ophtalmologie de l’UZA et cheffe de projet de l’étude.
« Nous suivons de près les patients après leur transplantation. Lors des trois rendez-vous de suivi postopératoire, plusieurs paramètres sont contrôlés. Le premier suivi a lieu trois mois après l’opération, le suivant après six mois et le dernier après un an. Ce n’est qu’après cette période que nos chercheurs peuvent comparer empiriquement les deux méthodes ».
La pertinence sociale de cette étude est grande et l’utilisation de cornées de donneurs est essentielle. Si une greffe de cornée donne de meilleurs résultats que l’autre, les ophtalmologues pourront se concentrer sur la technique garantissant les meilleurs résultats aux patients.
Nous sommes très reconnaissants envers nos chers collègues qui ont accepté avec enthousiasme de participer à l’étude et encore plus reconnaissants envers les donneurs et les banques de cornées, car la cornée saine d’un donneur redonne littéralement une vision claire sur l’avenir du patient.
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